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L’Animation a 50 ans ! (II)

Article Actualités du Pôle 8/12/2014

ENTRETIEN AVEC UN TITULAIRE DU DECEP (II) : Yves DELETTE, ancien Conseiller d’Education Populaire et de Jeunesse à la Jeunesse et Sports

ENTRETIEN AVEC UN TITULAIRE DU DECEP (II) : Yves DELETTE, ancien Conseiller d’Education Populaire et de Jeunesse à la Jeunesse et Sports

Par Christian KIRBILLER

Après avoir apprécié la trajectoire de M. Claude VOSSART (voir article précédent (1) sur le DECEP (Diplôme d’Etat de Conseiller d’Education Populaire, créé en 1964, premier diplôme d’état de l’animation, voici 50 ans) je vous présente mon ex-collègue Yves DELETTE, retraité de notre profession et à cette occasion, il me fallait interviewer cet ancien titulaire. Monsieur Yves DELETTE fut aussi un éminent expert du DEFA (Diplôme d’Etat aux Fonctions d’animation (créé en 1979 et qui sera abrogé le 1er octobre 2015) alors que je commençais ma carrière à Jeunesse et Sports en 1994 comme CEPJ, secrétaire régional de ce DEFA qui a été le successeur du CAPASE (Certificat d’Aptitude à la Promotion des activités Socio-Educatives, créé en 1971), lui-même successeur du DECEP. Yves DELETTE est aussi très connu dans la région Nord-Pas-de-Calais car il a été la cheville ouvrière de l’Opération des « MILLE CLUBS », des relations internationales en particulier avec l’Afrique. Il est encore le vice-consul du Sénégal.

Yves, tu as été un des premiers titulaires du DECEP, qu’est-ce que ce diplôme t’a apporté ?

J’ai d’abord été instituteur et aussi marionnettiste et puis c’est un inspecteur de la Jeunesse et des Sports qui est venu me chercher, ce n’est pas moi qui ait passé un concours comme on le fait aujourd’hui. J’avais monté un spectacle avec ma troupe de marionnettes « La Compagnie du Masque » qui était sur Maubeuge et nous présentions notre spectacle dans les structures à caractère social ou médical de la région. Il faut dire que le socioculturel n’était pas beaucoup développé à l’époque. Et, il se trouve qu’une émission de télévision nationale a été diffusée sur cette action et nous a fait connaître. Cet inspecteur Monsieur Henri HUTIN m’a repéré et m’a proposé un poste d’Assistant départemental puis pour me qualifier dans l’administration, j’ai obtenu la première partie du DECEP en 1967 et la seconde en 1970.

Ta carrière s’est poursuivie dans l’éducation populaire.

Oui, jusqu’à ma retraite. J’ai commencé par installer des « MILLE CLUBS » dans la région. 120 au total. Il s’agissait de décider les élus pour accueillir cette structure architecturale en dotation mais aussi de prévoir dedans et autour une politique d’animation socioéducative et culturelle que l’on imaginait à l’époque en organisant des ateliers, des « clubs » de ceci ou de cela pour animer un quartier, un village…

Monsieur VOSSART nous a rappelé combien l’année 1964 reste déterminante. Depuis une vingtaine d’années, l’urbanisation avait modifié le paysage social. La croissance économique des « Trente Glorieuses » avait permis l’émergence d’une « Civilisation des Loisirs », l’animation socioéducative a vu le jour comme facteur de cohésion sociale. Et cela a incité l’Etat de prévoir dans son organisation administrative, sa prise en compte dans les plans quinquennaux d’équipements, par exemple ces fameux « MILLE CLUBS » et concomitamment la création du premier diplôme professionnel, le DECEP, mais aussi l’aide au financement des premiers postes d’animateurs grâce au FONJEP (1964) L’Etat providence prévoyait, en lien avec les collectivités et le monde associatif, presque tout, la structure, la qualification des cadres de l’animation, le financement des postes ainsi que les subventions aux associations.

Et puis, Yves, tu as géré aussi le dossier des relations internationales ?

Oui, les inspecteurs de la JS des pays africains étaient formés chez nous à l’INJEP de Marly-le-Roi (site qui n’existe plus aujourd’hui) Ils faisaient leur stage dans les directions régionales et départementales de France. Cela m’a permis de tisser des liens avec le Sénégal, le Togo, le Bénin… J’ai travaillé, je dirai même, milité pour l’insertion professionnelle et sociale de bon nombre de ressortissants étrangers un peu perdus dans notre région. Et ce à partir d’une mission de la direction régionale : la CRIPI . Cet engagement m’a amené à accepter le poste bénévole de vice-consul du Sénégal que j’ai encore en charge à ce jour.

Yves, Tu as été témoin durant ces années de l’évolution des formations des cadres de l’animation et de leur qualification. Tu as participé largement aux travaux des jurys. Que penses-tu cette évolution ?

J’ai vu les diplômes se succéder, effectivement, et j’ai eu aussi à évaluer beaucoup de candidats sur le CAPASE, le BEATEP, le DEFA et même un peu sur les nouveaux diplômes. Je note que la part prise sur le terrain par les apprenants s’est réduite fortement. Et, la partie théorique s’est quant à elle renforcée. On ne fait pas uniquement un animateur avec une tête bien pleine, mais aussi avec une tête bien faite nourrie par le terrain, la réalité et l’apprentissage de ses réalités en se retroussant les manches. Et puis, je trouve que l’engagement des jeunes n’est pas aussi fort qu’il a été. Il y a plus de techniciens que de militant.

Merci, Yves.

1- CEPJ, DRJSCS NPDC, chargé du suivi des formations de l’animation professionnelle de niveau III et II.
2- FONJEP : Fonds de coopération de la jeunesse et de l’éducation populaire
3- INJEP : Institut National de le Jeunesse et de l’Education Populaire. L’INJEP existe toujours, il n’est plus situé à Marly-le-Roi mais au 95 avenue de France - 75650 Paris Cedex 13
4- CRIPI : Commissions Régionales pour l’Intégration des Populations Immigrées