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L’Animation a 50 ans ! (I)

Article Actualités du Pôle 6/08/2014

ENTRETIEN AVEC UN TITULAIRE DU DECEP : Claude VOSSART, ancien cadre permanent de l’UFCV (1)

Par Christian KIRBILLER, CEPJ (2)

Lorsque j’ai appris que le DECEP (Diplôme d’Etat de Conseiller d’Education Populaire, créé en 1964) premier diplôme d’état de l’animation, avait été créé voici 50 ans, j’ai pensé qu’à cette occasion, il me fallait interviewer un ancien titulaire que j’avais connu. Monsieur Claude VOSSART fut un éminent membre du jury du DEFA (Diplôme d’Etat aux Fonctions d’animation (créé en 1979 et qui sera abrogé le 1er octobre 2015) alors que je commençais ma carrière à Jeunesse et Sports en 1994 comme CEPJ, secrétaire régional de ce DEFA qui a été le successeur du CAPASE (Certificat d’Aptitude à la Promotion des activités Socio-Educatives, créé en 1971), lui-même successeur du DECEP. Claude VOSSART est connu dans la région Nord-Pas-de-Calais car il fut formateur national à l’UFCV et responsable de la Délégation Régionale du Nord-Pas-de-Calais.

Monsieur VOSSART, vous avez été un des premiers titulaires du DECEP, qu’est-ce que ce diplôme vous a apporté ?

Oh, c’est loin ça !... J’ai eu la première partie du DECEP en 1965 et la seconde en 1967.

Vous savez, les mouvements de jeunesse et les mouvements d’Education Populaire, dès le début du vingtième siècle, ont mis en place des formations pour leurs cadres. D’autre part, le développement progressif des loisirs, amène des organismes habilités pour la formation des diplômes des centres de vacances ou centres aérés (par exemple l’UFCV, les CEMEA 3, ou les FRANCAS 4) ou des fédérations d’équipements de quartier (par exemple léo Lagrange ou les Maisons des Jeunes et de la Culture) à mettre en place des formations d’animateurs « professionnels ».

L’UFCV est sollicitée pour former des animateurs permanents de loisirs et crée une école près d’Orléans à Olivet ; une formation similaire a lieu dans le Nord à Bouvines. Finalement, « l’Ecole d’Animateurs de Loisirs » s’implante à Fublaines en Seine et Marne.

L’année 1964 reste déterminante. Depuis une vingtaine d’années, l’urbanisation a modifié le paysage social. La croissance économique des « Trente Glorieuses » a permis l’émergence d’une « Civilisation des Loisirs », l’animation socio-éducative voit le jour comme facteur de cohésion sociale. Cela incite l’Etat à prévoir son organisation administrative, sa prise en compte dans les plans quinquennaux d’équipement, la création du premier diplôme professionnel, le DECEP, l’aide au financement des premiers postes grâce au FONJEP (1964).

Quand l’Etat crée le DECEP, les formateurs du centre de Fublaines, dont je faisais partie, ont donc passé ce diplôme.

(1) Union Française des Centres de Vacances et de Loisirs
(2) CEPJ, DRJCS NPDC, chargé du suivi des formations de l’animation professionnelle de niveau III et II.
(3) Centre d’Entrainement aux méthodes d’Education Active
(4) Fédération des Francs et Franches Camarades

Et puis, vous avez eu en charge l’UFCV ?

Avec la formation d’animateurs de loisirs, l’UFCV a, en fait, pris un virage vers la formation à l’animation sociale. Quand j’ai quitté la direction du centre de Fublaines, j’ai rejoint l’équipe de Direction Nationale de l’UFCV pour aider au développement de ces nouvelles perspectives de formation.

Mais, pour terminer mon parcours professionnel, ma région d’origine et le contact avec la base me manquaient un peu. Je suis revenu pour reprendre les services à notre Fédération d’adhérents et pour participer à la mise en place des différentes actions visant l’insertion professionnelle.

Comme vous le savez, ces formations se sont succédé depuis la fin des années 70 et le début des années 80.

Les cadres de l’animation ne séparent plus l’animation des loisirs et la lutte contre la rupture sociale.

Les animateurs travaillent dans le secteur associatif mais aussi les métiers de l’animation peuvent s’exercer dans le cadre des fonctions publiques territoriale et hospitalière…

Oui, le développement du secteur se structure tout en se professionnalisant. Les besoins en personnels sont de plus en plus importants : il s’agit de répondre au développement des loisirs comme à la nécessité de prendre en charge des publics spécifiques (jeunes, personnes âgées, publics fragilisés) ou encore de mettre en valeur des territoires. Former des animateurs, des cadres et des directeurs de structures devient une priorité.

Quand je suis revenu plus près du terrain, j’ai été impressionné de ce que le secteur de l’animation était devenu une des préoccupations fortes des responsables territoriaux à tous les échelons.

Et pourtant, même s’il n’existe pas de véritable formation initiale dédiée à l’animation, mis à part quelques DUT et licences professionnelles, les diplômes existants s’acquièrent plus en formation continue.

Oui, les possibilités de formation vont donc dépendre des collectivités « employeurs », dans ce secteur, les professionnels sont, de plus en plus souvent embauchés en contrat court. Puis la Région, après la refonte d’une nouvelle loi, prend la compétence de la formation professionnelle.

Mais ce qui m’interroge, c’est la difficulté à structurer les filières de formation, à l’époque des unités de compétence capitalisables et de la valorisation des acquis de l’expérience.

L’animation socio-éducative facilite en même temps l’autonomie, l’expression des individus et, d’autre part, leur engagement dans des actions de proximité et de solidarité. On exige des professionnels de l’animation des connaissances et des « savoir-faire », certes, mais aussi des « savoir-être ». La préparation à leurs diplômes est délicate à mettre en place sur le plan institutionnel.

Et la réforme sur les rythmes éducatifs ….

Maintenant, c’est un enjeu fort qui s’exerce : c’est l’animation en temps périscolaire.

Quelle évolution en cinquante ans !n’est-ce pas ? Je crois que l’animation est vraiment une chance pour une société ; elle contribue beaucoup plus qu’on ne le croit à son équilibre.

Ce diplôme obtenu voici une cinquante d’année, vous lui devez beaucoup ?

Il a été un tremplin, c’est indéniable. Il m’a jeté dans le bain !

Aujourd’hui, Claude VOSSART coule une retraite bien méritée à Lille, après avoir milité une dizaine d’années dans l’association l’Ecole à la Maison qui amène des enseignants bénévoles chez des enfants malades.

Merci, Claude.